Hyperphagie : pourquoi les crises surviennent-elles surtout le soir ?

Derrière la crise du soir se cache souvent une tension intérieure bien plus ancienne que la journée


Ce qu’aborde cet article :

Quand on est concerné·e par l’hyperphagie, on constate que les compulsions alimentaires sont souvent plus fortes en fin de journée.
Il est tentant de se les expliquer par l’accumulation du stress, de la fatigue ou un simple manque de volonté.
Mais cette lecture est malheureusement simpliste. Ce qui se joue le soir n’est pas une “défaillance”, mais un basculement psychique après une journée de tension maintenue.

1. Pourquoi les crises arrivent-elles surtout quand on a fini sa journée ?
2. Est-ce simplement une question de fatigue ?
3. Que se passe-t-il dans la journée avant les compulsions ?
4. Pourquoi la crise donne-t-elle l’impression de “perdre le contrôle” ?
5. Conclusion


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Pourquoi les crises arrivent-elles surtout quand on a fini sa journée ?

Parce que la journée impose souvent une forme de tenue interne : contrôle de soi, adaptation, gestion des interactions, maintien d’une image acceptable, mener à bien la simple logistique du quotidien, et pour beaucoup gérer une alimentation contrôlée.

Ce maintien dans son ensemble n’est pas forcément conscient. Il peut être très intégré, c’est-à-dire automatique, voire facile par moment. Cependant, le soir, lorsque les obligations diminuent, ce système de contrôle peut se relâcher brutalement.

La crise apparaît alors non pas comme un choix, mais comme une décharge de tension après un contrôle prolongé. Et cela peut se produire après une journée “facile”, pendant un weekend ou des vacances. Ce qui est tellement perturbant... en plus du sentiment de découragement bien connu de l'après-compulsion.

Est-ce simplement une question de fatigue ?

La fatigue joue un rôle, mais elle ne suffit pas à expliquer le phénomène. En tout cas, pas si l’on parle d’une simple fatigue liée à la journée.

Ce qui est central, c’est plutôt l’accumulation de tension psychique.

Certaines personnes peuvent être physiquement fatiguées sans faire de binge-eating, et d’autres peuvent faire une crise sans être particulièrement épuisées.

Le relâchement physique et mental que l’on connaît en fin de journée agit certes, comme un facteur de baisse de contrôle, mais il ne crée pas à lui seul la dynamique du binge-eating.

Que se passe-t-il dans la journée avant les compulsions ?

Dans de nombreux cas, la journée est marquée par une forme de contrôle interne tels que :

  • contrôle des émotions / du rapport aux autres,

  • contrôle des comportements alimentaires,

  • contrôle de l’image de soi en cas de surpoids,

  • adaptation aux attentes externes…

Ce contrôle peut être très coûteux psychiquement, même si parfois on ne le perçoit même plus soi-même.
Et bien que déjà très énergivore, il s’ajoute pourtant à un auto-contrôle bien plus profond et bien plus ancien !
(Cf. Grandir sous auto-contôle.‍ ‍ici)

La crise du soir peut  certes être comprise comme un moment où ce système de la journée cesse de tenir. Mais si les crises arrivent même quand “la journée a été cool”, c’est qu’il y a bien une tension intérieure latente et chronique, qui elle, n’a pas besoin d'événements de journée pénibles pour déborder quand on s’y attend le moins…

Pourquoi la crise donne-t-elle l’impression de “perdre le contrôle” ?

  • Parce qu’elle intervient souvent après une période prolongée de contrôle intense, pas forcément liée à la journée ou à la semaine elles-mêmes…

  • Ce qui est vécu comme une perte de contrôle est parfois l’inverse : c’est un rééquilibrage après une phase de contrôle inconscient trop intense pour le psychisme

Cela ne renvoie pas un défaut de volonté, c’est un passage à un mode automatique (inconscient) de régulation psychique, lorsque les capacités de contrôle conscient sont complètement saturées. En gros, après une journée passée à consciemment faire attention à tout, à faire tout bien comme il faut, la machine psychique doit absolument relâcher de sa pression.

Conclusion

Comprendre pourquoi les crises surviennent le soir permet de déplacer le regard : on passe d’une logique de faute ou de faiblesse morales à une logique de tension et de saturation trop fortes.
(Cf. Pourquoi tant de personnes hyperphages restent seules pendant des années. Quand le surpoids est vécu comme ‘une faute morale’.‍ ‍ici)

Cela change profondément la manière d’aborder l’hyperphagie, notamment en thérapie : il ne s’agit pas seulement de “résister” (inutilement, puisque la compulsion est toujours plus forte à terme, hélas), mais de comprendre ce qui, dans notre construction psychique, a rendu la résistance nécessaire… puis impossible à tenir.

Géraldine Perrier Latour

Psychanalyste spécialisée dans l’hyperphagie (binge-eating, boulimie non vomitive, compulsions alimentaires)

https://psyhyperphagie.fr
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