Grandir sous autocontrôle
Pourquoi l'hyperphagie est parfois moins un manque de contrôle… qu'un épuisement du contrôle
Ce dont parle cet article :
Grandir dans un climat de double message fragilise la confiance dans le ressenti et installe un autocontrôle permanent. Chez l’enfant élevé·e par un parent au fonctionnement passif-agressif, la faute s’intériorise et l’hypervigilance devient un mode de survie.
L’hyperphagie peut alors apparaître plus tard comme une tentative de désactivation de cette vigilance chronique : non pas un défaut de contrôle, mais l’effondrement compulsionnel d’un autocontrôle constant et épuisant.
Le “double message” : quand le cadre devient insaisissable
L’installation progressive de “l’autocontrôle”
De l’autocontrôle à la perte de confiance dans le ressenti
Ce que l’on appelle ici un fonctionnement “passif-agressif”
Un cadre instable, sans repères fiables
Enfant puis adolescent·e : quand l’autocontrôle devient une nécessité
Le double message et la dissociation progressive
De l’autocontrôle à “l’hypervigilance” : quand l’alerte est désormais intériorisée
Une hypervigilance sans objet clair
Quand l’hyperphagie apparaît : une tentative de désactivation
Une dissociation ancienne, rendue visible lors des compulsions
Pourquoi les approches centrées sur le contrôle échouent souvent
Ce que permet un travail analytique
Quand le gaslighting cesse de faire loi
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L’hyperphagie n’apparaît pas toujours dans l’enfance. Chez certaines personnes, elle débute à l’adolescence, parfois tôt, parfois tard, ou même à l’âge adulte. Cela ne signifie pas que « rien n’existait avant », ni que l’on aurait manqué un signe évident.
Ce qui se met en place précocement, ce n’est pas nécessairement la compulsion alimentaire elle-même, mais un mode de fonctionnement psychique : une manière d’être au monde, aux autres, et à son propre ressenti. L’hyperphagie peut en être une expression tardive, lorsque les capacités de régulation sont débordées.
Chez certains enfants et adolescent·es, ce terrain se construit dans un environnement relationnel marqué par des messages contradictoires, subtils mais répétés, émanant d’un parent ou d’une figure éducative centrale.
Le “double message” : quand le cadre devient insaisissable
On parle de double message lorsqu’un·e enfant reçoit simultanément deux informations incompatibles.
Par exemple :
le ou les parents ont une attitude extérieure socialement acceptable, voire socialement valorisée (iel se montre présent·e, responsable, impliqué·e vis-à-vis de l’enfant),
et, en arrière-plan, une disqualification constante de ce que l’enfant fait, ressent ou perçoit.
Rien n’est jamais clairement acceptable. Mais rien n’est clairement faux non plus. Et si la disqualification parentale des actions ou affects de l’enfant est constante et répétée, elle n’est pas non plus systématique : certaines actions ou affects seront aléatoirement pris en compte ou valorisés, ce qui laisse l’enfant puis l’adolescent toujours sur le qui-vive, ne sachant jamais si ce qu’iel fait ou ressent est “bon ou pas bon”.
Ce type de climat relationnel ne repose pas obligatoirement sur des cris, des coups ou des interdits clairs. Il s’agit très souvent d’une coercition sans éclat, diffuse, difficile à nommer.
L’enfant comprend surtout une chose : ce qu’iel fait ou est ne va pas — sans jamais savoir ce qu’il faudrait être ou faire à la place. Il n’y a pas de guidance, ni mode d’emploi de bonne conduite !
L’installation progressive de “l’autocontrôle”
Face à cette incertitude permanente, l’enfant — puis l’adolescent·e — développe une stratégie de survie : l’autocontrôle.
iel observe, anticipe, ajuste, se corrige,
iel fait attention à ses gestes, à ses paroles, à ses affects,
iel tente de répondre au désir de l’adulte.
Problème : le parent passif-agressif ne sait pas non plus ce qu’iel-même veut ! Son insatisfaction est structurelle, mouvante, implicite. Tenter de s’y conformer demande un niveau d’adaptation extrême, constant, complètement absorbant puisqu’il change tout le temps !
S’auto-contrôler pour répondre au désir d’un·e adulte qui ne sait pas ce qu’iel veut est une tâche impossible. C’est un vortex qui aspire désirs et personnalité de l’enfant, puis de l’adolescent·e.
Mais l’enfant ou ado n’a pas d’autre choix que d’essayer encore et encore d’obtenir l'approbation de sa personne par le parent dont iel dépend pour exister…
De l’autocontrôle à la perte de confiance dans le ressenti
À force de surveiller ses actes, l’enfant apprend surtout à ne plus se fier à ce qui vient d’iel-même.
Son corps, ses élans spontanés, ses sensations deviennent suspects.
➤ Ce qu’iel ressent n’est désormais plus un guide fiable.
Peu à peu, une dissociation s’installe :
d’un côté, un fonctionnement mental très adapté, souvent perçu comme sage, studieux, responsable, mature,
de l’autre, un corps sous tension, en hypervigilance, privé de repères internes clairs.
Ce clivage peut rester longtemps silencieux. Il peut traverser l’adolescence sans se traduire par un trouble alimentaire. Mais il constitue un terrain de vulnérabilité pour toute son identité.
(Cf. Le doute de soi incessant ici .
Cf. Sur l’hyperphagie cause et conséquence de la perte de confiance en soi : Le corps dit stop, la faim continue ici .)
Ce que l’on appelle ici un fonctionnement “passif-agressif”
Le terme passif-agressif est largement utilisé dans le langage courant, souvent de façon imprécise. Dans cet article, il ne désigne ni un diagnostic psychiatrique, ni une catégorie figée de personnes, mais un mode relationnel.
Un fonctionnement passif-agressif se caractérise par une agressivité rentrée, rarement frontale, qui s’exprime par :
des remarques tardives ou décalées,
des reproches sans indication de ce qui serait attendu à la place,
une disqualification subtile de l’autre (les remarques méprisantes sont dites “avec humour”),
une insatisfaction chronique jamais clairement formulée, mais un ennui clairement affiché.
La particularité de ce mode relationnel est qu’il reste socialement acceptable, même en public.
Il peut même être perçu comme exigeant, éducatif, responsable, voire bienveillant. Puisqu’en effet, chaque fait et parole de l’enfant est l’objet de critique du parent, perçu alors comme attentif.
C’est précisément ce qui rend cette relation difficile à qualifier pour l’enfant et annihile toute révolte.
Il ne s’agit pas d’un parent violent au sens classique du terme. Il n’y a pas forcément de cris, ni d’interdits explicites, ni de sanctions visibles. Mais il y a un message constant, implicite : ce que tu fais, ce que tu es, ne va pas.
Un cadre instable, sans repères fiables
Dans ce type de climat, l’enfant ou adolescent·e ne dispose pas de règles claires sur lesquelles s’appuyer. Les attentes parentales sont mouvantes, implicites, parfois contradictoires.
Un comportement peut être toléré pendant des semaines, puis soudainement disqualifié — souvent après coup, lorsqu’il est trop tard pour que l’enfant/adolescent·e puisse corriger quoique ce soit.
Ce qui est reproché n’est jamais très précis, le parent dira seulement : “Il ne fallait pas faire comme ça…”
Ce qui serait attendu n’est jamais formulé, c’est-à-dire expliqué en détail : “Voilà ce que tu aurais pu faire, dire, être”…
L’enfant n’apprend donc pas comment bien faire. Iel apprend surtout qu’iel risque en permanence de mal faire car iel serait intrinsèquement inadéquat·e.
(Cf. le glissement entre mal faire et mauvais être dans mon article Manger en cachette et honte de soi ici .)
Enfant puis adolescent·e : quand l’autocontrôle devient une nécessité
Face à cette incertitude, l’enfant, puis l’adolescent·e, développe une stratégie d’adaptation : se surveiller soi-même :
iel fait attention à ne laisser voir que ses gestes, paroles et émotions qu’iel a testés recevables ce jour par le parent.
iel tente d’anticiper les réactions de l’adulte, de prévenir la désapprobation, que ne s’installe une “mauvaise ambiance” de plusieurs jours dans le foyer familial, d’éviter la perte du lien…
Cet autocontrôle n’est pas un trait de caractère. C’est une réponse à un environnement imprévisible. Plus le parent est insaisissable dans ses attentes, plus l’enfant doit s’ajuster d’heure en heure.
Et donc, plus l’ajustement devient coûteux psychiquement.
Le double message, et la dissociation progressive
Le cœur du problème réside dans le double message :
d’un côté, l’enfant reçoit des signes d’attention, parfois de proximité, parfois même de grande valorisation,
de l’autre, ce qu’iel fait, ce qu’iel ressent, la manière dont iel agit, est régulièrement invalidé sans réelle explication ni exemples.
➤ Le corps (ou les “intuitions” si vous préférez) perçoit la tension de cette contradiction.
➤ Mais l’esprit reçoit des messages socialement “corrects” d’un·e parent responsable et présent·e.
C’est cette contradiction qui crée une fracture interne :
le ressenti corporel devient suspect,
l’intuition est mise à distance,
la confiance en les perceptions s’érode.
Et c’est là que peut s’installer une dissociation, une rupture durable entre le corps et le psychisme, c’est-à-dire au sein même de l’identité d’un être encore très jeune.
(Sur l’usage complexe du terme “dissociation” cf. Pourquoi mon corps veut-il manger alors que moi, je ne veux pas ? ici.)
De l’autocontrôle à “l’hypervigilance” : quand l’alerte est désormais intériorisée
Chez l’enfant ou l’adolescent·e élevé·e par un parent au fonctionnement passif-agressif, l’autocontrôle n’est pas seulement comportemental. Il devient progressivement corporel et psychique.
Ne sachant jamais à quel moment une remarque, un reproche ou un retrait relationnel va survenir (le parent installe une atmosphère pesante dans toute la maisonnée, ou un silent treatment, fait une grande crise de “drama queen”, devient franchement violent·e, et caetera, et caetera), le sujet apprend très jeune à rester en état d’anticipation permanente.
Iel observe, iel ajuste, iel se corrige avant même d’agir, avant même de savoir ce que iel désire ou ressent. L’humeur parentale prévaut en permanence sur la sienne, décide de la sienne, formate la sienne.
Avec le temps, ce mode d’adaptation peut se transformer en hypervigilance chronique. Contrairement à une peur ponctuelle, l’hypervigilance ne se déclenche pas en réaction à un danger identifiable. Le danger n’est même plus vraiment le parent, mais de perde son “idée de la famille” et par la faute de l’enfant/ado.
La faute intégrée ne repose pas sur un acte précis, mais sur l’idée qu’exister tel que l’on est met le lien en danger.
➤ En effet, puisque le parent n’énonce jamais clairement les raisons de l’approbation ou désapprobation, l’enfant finit par intégrer confusément que tout repose sur iel. Que tout est de sa faute. Que l’amour parental, que la bonne ambiance familiale, sont conditionnels, et dépendent entièrement de sa conduite.
L'hypervigilance s’installe ainsi comme un fond permanent : le corps reste en alerte, même lorsque rien ne se passe.
Et cette vigilance est dirigée moins vers l’extérieur que vers soi-même :
surveiller ses gestes,
surveiller ses paroles,
surveiller ses émotions,
surveiller ses besoins,
et surtout surveiller l’autre, pour coller au mieux à ses attentes.
Le danger n’est pas une menace explicite, mais la possibilité diffuse et intégrée de “mal faire” et de tout perdre par sa négligence à faire ce qu’il fallait…
(Sur un motif supplémentaire de construction de l’hypervigilance durant la jeunesse, cf. Hyperphagie et hypervigilance féminine ici .)
Une hypervigilance sans objet clair
Un point est essentiel : dans ce type de climat, l’enfant ou adolescent·e ne peut pas identifier précisément ce qui est dangereux :
il n’y a pas de règle stable à transgresser,
il n’y a pas de limite claire à respecter,
il n’y a pas de cadre sécurisant auquel se référer (puisque la relation au parent passif-agressif peut être à tout moment suspendue)
L’hypervigilance se développe donc sans objet précis, ce qui la rend particulièrement envahissante, car indicible, informulable. Le sujet ne peut jamais se dire : là, c’est bon, je sais ce qu’on attend de moi, je sais comment créer ma sécurité.
Cette hypervigilance diffuse ressemble, dans sa structure, à celle décrite dans d’autres contextes traumatiques — non pas parce que les événements seraient identiques, mais parce que le psychisme est confronté au même problème : l’imprévisibilité.
Quand l’hyperphagie apparaît : une tentative de désactivation
C’est dans ce contexte que peut apparaître l’hyperphagie, durant l’enfance, à l’adolescence ou bien plus tard à l’âge adulte.
(Il est important de souligner que l’hyperphagie ne survient pas nécessairement au moment où l’environnement est le plus intensément instable. Elle peut apparaître quand cette intensité baisse et que le sujet n’en pouvait plus de tenir. On est essoufflé·e après une course, pas pendant !)
Après des années d’autocontrôle, de surveillance interne et d’efforts pour rester “à la hauteur”, le système psychique cherche une issue pour évacuer la pression.
Le binge-eating offre alors plusieurs soulagements en simultané :
il fait baisser temporairement la vigilance (puisque l’on ouvre les vannes du lâcher-prise, il n’y a plus aucun autocontrôle),
beaucoup manger assomme, ce qui alourdit le corps, ralentit la pensée (comme une légère anesthésie),
il coupe l’accès aux affects trop intenses (aussi comme le fait une anesthésie),
il suspend, pour tout le temps de la “crise de compulsions”, l’exigence d’ajustement permanent (crise boulimique = zéro contrôle).
Il ne s’agit pas d’un manque de contrôle, mais au contraire d’un effondrement momentané du contrôle constant qui est évidemment insoutenable pour n’importe quel être humain !
Une dissociation ancienne, rendue visible lors des compulsions
L’enfant qui a appris à ne pas faire confiance à son ressenti corporel (à ses intuitions),
l’adolescent·e qui a appris à guetter les humeurs du parent passif-agressif (et jamais les siennes propres),
l’adulte qui a appris à s’ajuster à l’Autre plutôt qu’à identifier ses affects, envies, besoins ou intuitions,
peut trouver dans la compulsion alimentaire une manière paradoxale de reprendre possession de ses sensations, tout en s’en coupant.
Le corps devient à la fois :
le lieu du débordement,
… c’est-à-dire le lieu de l'apaisement.
Cette contradiction n’est pas accidentelle : elle reflète l’histoire psychique du sujet voué à lui-même depuis l’enfance en ce qui concerne sa sécurité intérieure.
Pourquoi les approches centrées sur le contrôle échouent souvent
Dans ce type de trajectoire, les approches qui insistent sur la discipline alimentaire et la restriction alimentaire (en français : “les régimes”) risquent alors de renforcer exactement ce qui pose problème.
Si l’hyperphagie — et sa manifestation visible, les crises de binge-eating — est liée à un autocontrôle chronique, devenu progressivement insupportable, demander alors à cette même personne, déjà plongée dans un hypercontrôle devenu inconscient, de se contrôler davantage en faisant un régime, risque précisément de renforcer la cause même de son hyperphagie.
Le processus peut être schématiquement compris ainsi :
→ Un·e enfant ou adolescent·e grandit dans un contexte familial qui lui demande de s’autocontrôler en permanence afin que l’atmosphère familiale ne dégénère pas au moindre de ses faux pas.
→ Avec le temps, cet autocontrôle est intégré à son fonctionnement psychique et devient inconscient.
→ Iel ne se rend même plus compte qu’iel surveille et contrôle constamment ses paroles, ses gestes, ses réactions et même ses pensées.
→ Une telle pression intérieure, d’autant plus difficile à supporter qu’elle n’est ni consciente ni verbalisée, devient humainement intenable lorsqu’elle se prolonge pendant des années.
→ Les crises de binge-eating peuvent alors constituer un moment de relâchement total de ce contrôle : le temps du binge, la personne peut enfin cesser (momentanément) de se surveiller et de se contenir.
On comprend alors pourquoi les régimes et autres “rééquilibrages alimentaires”, qui reposent eux aussi sur le contrôle de son alimentation, peuvent poser problème : c’est qu’ils ajoutent une couche supplémentaire de contrôle alimentaire à un autocontrôle chronique déjà profondément installé chez une personne qui a été, depuis longtemps, conditionnée à se surveiller constamment.
Un régime, l’usage de Glp-1 (auxquels je ne m’oppose absolument pas en tant que “produit de substitution” forts bienvenus dans le monde déshérité du surpoids), peuvent fonctionner temporairement, mais sans psychothérapie ils laisseront intacte la cause génératrice de l’hyperphagie.
Car encore une fois le problème n’est pas l’absence de contrôle. Le problème est l’excès d’un contrôle ancien, devenu structurel.
(Cf. L’hyperphagie n’est pas un manque de volonté ici .)
Ce que permet un travail analytique
Une psychothérapie analytique permet de travailler précisément là où ce type de fonctionnement s’est mis en place.
Elle offre un espace où :
les doubles messages peuvent enfin être reconnus,
la dissociation peut être narrée, pensée,
l’histoire de l’hypervigilance peut être retracée, commencer à faire sens,
le ressenti corporel peut progressivement redevenir fiable.
Lorsque l’hypervigilance commence à se relâcher, l’hyperphagie perd peu à peu sa fonction de régulation.
Non pas parce qu’elle est combattue, mais parce qu’elle devient moins nécessaire face à une hypervigilance peu à peu désactivée.
Quand le gaslighting cesse de faire loi
Un travail analytique ne promet ni réparation magique, ni réécriture heureuse de l’histoire passée. Il ne transforme pas les faits. Il ne rend pas l’enfance meilleure qu’elle ne l’a été. Mais il permet autre chose, de bien plus décisif : accéder à une lecture juste de ce qui s’est réellement joué.
Très souvent, les personnes élevées dans un climat passif-agressif arrivent en analyse avec tous les faits en tête, mais sans pouvoir les penser. Les scènes sont là. Les phrases ont été entendues. Les attitudes répétées. Mais elles restent prises dans un récit faussé — puisqu’il s’agit du récit selon le point de vue parental.
Peu à peu, sans révélation spectaculaire ni grand effondrement hollywoodiens, quelque chose dans le ressenti se déplace. Les contradictions, la violence du climat instillée au goutte à goutte (puisqu’il n’y a souvent pas eu de grands événements), la violence de ce qui a été vécu cessent d’être niées et normalisées. Les doubles messages du climat passif-agressif deviennent enfin lisibles. Ce qui a blessé cesse d’être minimisé.
Ce n’est pas une illumination. C’est la conquête lente et durable de votre lucidité. Et cette lucidité a un effet profondément libérateur : elle rend enfin possible de faire confiance à son propre ressenti. Ce que le corps savait confusément depuis longtemps peut alors être reconnu psychiquement. Cette vérité-là — sobre, parfois rude, mais claire — ne promet pas le bonheur.
Elle promet mieux : ne plus être perdu·e dans le brouillage du gaslighting.
Et cela donne une force particulière, même quand beaucoup de choses restent fragiles autour. Même quand tout n’est pas “réglé” professionnellement, amoureusement, logistiquement…
Parce qu’une fois que le regard s’est ajusté, une fois que les mots justes ont été posés et pleinement intégrés, plus personne ne peut vous faire douter de votre vrai-moi — de ce qui, en vous, n’a pas été fabriqué en fonction de l’Autre.